La télé, la politique, les média
Par lucas, mardi 8 janvier 2008 à 20:22 :: Politique :: #15 :: rss
Je n'avais pas encore ralé à propos de notre cher président de la République Française, mais aujourd'hui il a fait un discours. On parlera beaucoup de ce discours en oubliant de parler du projet de loi pour intégrer le traité sur la constitution européenne qui vient d'être présenté le même jour http://www.assemblee-nationale.fr/13/projets/pl0561.asp .
Ensuite, on se rappellera de Sarkozy qui n'était pas très content du traitement qu'on lui avait réservé en coulisse sur je-ne-sais-quelle-émission-dont-je-me-contrefiche . Il avait, pour ainsi dire, promis de leur faire payer. Et bien voilà, c'est chose faîte : http://www.neteco.com/90366-sarkozy-taxe-internet-fin-pub-france.html au cours de son éxposé pour l'avenir de la France, il prétend faire une bonne chose : interdire la publicité sur les chaînes de télé publiques. A priori, cela semble une bonne chose. Cela-dit, pour financer la télé publique, il va falloir aller piocher les sous quelque part. Et bien, comme par hasard, on choisit Internet. A la limite j'aurai préféré qu'on interdise les chaînes publiques. En effet, d'une part TF1 devient presque le seul fournisseur d'espace publicitaire (ou encore, de temps de cerveau humain disponible comme dirait M. LeLay, le PDG), ce qui le place en force pour négocier les contrats de pub. D'autre part, la télévision publique a désormais les pieds et poings liés aux subventions (c'est un problème du modèle "non-libéral"). Enfin, on taxe le principal concurrent, pour éviter que les ménages passent à autre chose. Allez me dire que ce président propose des mesures "libérales", c'est bien tout l'inverse, des jolies taxes pour la télévision d'état qui au passage consolide l'oligopole de l'ami du président.
Pour nuancer, à regarder les contenus des programmes télé, je dirai que ce n'est pas notre président le coupable, mais bel et bien les français qui n'ont plus aucune fougue, plus d'espoir politique, plus aucun esprit critique. On aura beau se dédouanner en invoquant des conspirations qui veulent le pouvoir absolu, notre société actuelle le fabrique. Les gens se ruent sur les produits les moins cher, le but est d'avoir le sentiment de "faire des bonnes affaires", et après ils se plaignent des Chinois qui produisent à bas prix. Peu importe la façon dont un bien a été produit ou un service est exécuté, le but du prix n'est pas d'évaluer le travail à sa juste valeur, mais d'être le plus bas possible.
L'un dans l'autre, on se dit que si on achète un produit plus cher chez l'entreprise A que chez B, c'est que soit A gère très mal son affaire, soit que A s'en met plein les fouilles. Il ne vient à l'esprit de personne de se dire que peut-être que les employés chez B sont plus mal payés à travail égal. L'intérieur de l'entreprise, nul ne le connaît. On ne peut donc pas, à priori, porter son choix sur A ou sur B. La seule information étant le prix, on va donc s'orienter vers chez B. Dans les deux cas, l'entreprise A sera évincée sur le long terme. Si B est très respectueux de ses employés ou de l'environnement, tant mieux, autrement tant pis. Cela dit, on peut également remarqué que lorsqu'une entreprise cumule "gère bien son affaire" et "traite mal les employés", alors elle est encore plus compétitive. Vu de l'extérieur c'est une bonne chose, mais je ne pense pas que cette façon de sélectionner soit bonne sur le long terme. Après on se plaint d'avoir du mal à trouver un job bien payé pour pas trop cher.
C'est un peu ainsi que fonctionne le système libéral : ça s'appelle grossièrement la sélection par le marché. Je dis un peu ainsi, car le marché c'est moi, c'est vous, c'est au final nous. Le système libéral cherche à s'adapter aux demandes du marché. En soi, ce n'est pas une mauvaise chose, au contraire : cela signifie qu'on est d'autant plus heureux qu'on est bien servi par les entreprises. Les sociétés jouent ainsi leur rôle social en cela qu'elles participent à rapprocher l'humanité de son bonheur (je parle de bonheur comme de la fin qu'aurait l'humanité, à supposer qu'elle en ait une). Là où le bât blesse, c'est quand le marché, donc les demandes des gens sont mauvaises : le système libéral se configurera de telle sorte qu'il nous offre de mauvais résultats.
A mon sens, cela me fait dire que le système libéral n'est pas une mauvaise chose, mais qu'il faut que ses acteurs soient éduqués et qu'ils comprennent son fonctionnement (plutôt que de marteler "l'économie de marché c'est bien pour vous", nos politiques devraient expliquer pourquoi). Mais aussi, comme on l'a vu un peu plus haut, qu'il y ait une plus grande transparence dans le fonctionnement des entreprises (les labels agriculture biologique, appellation d'origine controllée etc. vont dans ce sens). Cela dit, la transparence n'est pas très à la mode chez les gens qui sont au pouvoir et chez les gens influents. L'accès à tous au maximum d'informations n'est pas dans notre culture, on s'est fait à l'idée que des choses doivent rester secrètes pour les entreprises (les recettes des sodas) comme pour des choses plus graves comme la paix dans le monde (les trucs stratégiques, les ventes d'armes). A mon sens, les seuls secrets qu'il devraient exister sont ceux de la vie privée de chacun, un peuple en démocratie, s'il était civilisé et instruit devrait savoir faire bon usage des informations qu'il possède. Cela pose le problème de l'éducation des peuples ou alors le problème de la démocratie et des choix mal effectués par les masses lors des referendums (ouf, j'en reviens au sujet de départ).
D'ailleurs, pour vraiment en revenir au sujet, le mieux que je puisse préconiser contre les lois à la noix pour TF1, c'est de couper sa télé une bonne fois pour toute, et de faire d'autres choses : des jeux de société, de la lecture (mais pas de presse "people"), ou encore commencer à faire pression sur ses "dirigeants" voire, pourquoi pas, en devenir un ? Autrement, bah, tant pis pour ceux qui se laisseront berner, c'est sans doute qu'il se sentent bien comme ça (alors tant mieux ou tant pis ?). On pourra me rétorquer que plutôt de couper la télé, il suffirait de changer de chaîne. Et bien non, là encore ce n'est pas assez, en effet, les téléspectateurs ne font pas parti du marché des chaînes de télé, mais de celui des annonceurs publicitaires. C'est à dire que votre présence fera monter en moyenne le prix de la pub à la télé, sans à priori sur une chaîne en particulière (en effet, si vous passez de TF1 à la concurrence, la concurrence, si elle vivait en restreignant drastiquement ses marges, pourra augmentera ses tarifs ce qui rendra TF1 plus attractif).
Commentaires
1. Le mercredi 9 janvier 2008 à 16:33, par jean-mi
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